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Qu’est-ce que la Fantasy ? – La Fantasy moderne à travers ses sous-genres

De l’Antiquité à nos jours, le parcours de la Fantasy a été mouvementé. Et ce n’est finalement que récemment qu’elle s’est imposée en tant que genre littéraire à part entière, distinct et même concurrent de la Science-Fiction. Néanmoins, c’est encore beaucoup par le prisme de ses très nombreux sous-genres que la Fantasy se définit.

Si la Fantasy moderne a enfin gagné ses lettres de noblesse depuis le succès phénoménal du Seigneur des Anneaux de Tolkien et l’émergence dans les années 70 d’une Fantasy adulte, ses frontières floues, ainsi que la diversité troublante de ses sous-genres la rendent encore difficile à cerner. À moins que la clé ne réside dans l’analyse plus poussée des particularités des sous-genres de la Fantasy ?

Toutefois, entre sous-genres historiques, sous-genres « ringards » et formes expérimentales ou hybrides plus récentes, il n’est pas aisé de définir des délimitations entre ces sous-genres jamais totalement hermétiques les uns aux autres d’un genre notoirement flou.
Les sous-genres de Fantasy tissent ainsi entre eux un réseau d’influence qui donne cette étonnante sensation, qu’avec la Fantasy, le tout ne représente pas exactement la somme des parties.

Ce dernier article de la série « Qu’est-ce que la Fantasy ? » s’attache ainsi à réaliser une liste ordonnée des différents sous-genres de la Fantasy empruntée au classement effectué par Jean-Louis Fetjaine dans La Fantasy pour les Nuls. Un inventaire qui opère nécessairement des choix de classification pour de nombreuses œuvres à cheval entre plusieurs sous-genres et qui ne peut être que non-exhaustif, ne serait-ce que parce que la Fantasy continue encore et toujours de se diversifier.

SOMMAIRE

  • Disrupteurs et diversifications
    La Fantasy urbaine
    La Fantasy humoristique
    La Fantasy jeunesse
    La Fantasy animalière
    Les Fantasys orientales
    La Fantasy mythique
    La Faërie
  • Les hybrides
    La Fantasy historique et ses variantes : Flintlock Fantasy et Uchronie de Fantasy
    Entre SF et Fantasy avec la Sword and planet, la Space fantasy, la Science fantasy et les variations temporelles Fantasy post-apo et Steampunk
    Entre fantastique et fantasy : la Dark Fantasy

La plupart des critiques ou anthologistes de la Fantasy ne s’accordent pas sur l’appellation et le nombre des sous-genres du domaine. La première répartition entre high et low fantasy recouvre même un sens différent selon les sources. […]
Les critiques américains — pour lesquels, rappelons-le, ce que nous nommons le fantastique appartient à la Fantasy — répertorient un tel nombre de sous-genres que le lecteur ne peut que s’y perdre. […]
Ces distinctions n’ont à mon sens pas grande importance pour le lecteur. Peu importe que les personnages soient passés à travers une armoire pour accéder à un monde imaginaire ou qu’ils soient nés dans ce monde. Peu importe que Game of Thrones soit de la fantasy épique, dynastique ou grimdark […].
Ce qui compte, c’est ce que le lecteur recherche :
— De l’action, de la magie, un souffle épique ?
— De la poésie ou de la romance ?
— De l’horreur ou de l’humour ?
— Un monde médiéval, actuel ou futuriste ? 

La Fantasy pour les nuls, Jean-Louis Fetjaine

La Fantasy à travers ses sous-genres : les poids lourds historiques

Faisons passer l’âge avant la jeunesse et intéressons-nous d’abord à ces sous-genres historiques de la Fantasy qui l’ont accompagnée depuis ses débuts. Un ancrage dans le passé qui rend peut-être moins surprenant le fait qu’ils se rattachent pratiquement tous au méta-sous-genre de la Fantasy médiévale, puisqu’ils font du Moyen-Age leur référent temporel.

  • Heroic fantasy et sword and sorcery

Sword and sorcery et Heroic Fantasy sont deux sous-genres très proches. Pour faire monter la sauce, prévoyez :

  • Une prédominance de l’action sur le contexte
  • Une violence omniprésente, parfois à la limite du sadisme et de l’horreur
  • Un héros guerrier solitaire (ou un couple de héros guerriers solitaires à deux) parcourant un monde chaotique en proie à l’oppression et à la magie
  • Un héros qui n’est pas engagé dans une quête aboutissant à sauver le monde ou à le rendre meilleur, mais qui cherche juste à en profiter ou à y survivre

Pour différencier l’Heroic Fantasy de la Sword and Sorcery, il suffit de rendre la première plus sombre, de construire un monde propre à chaque héros et d’allonger un peu la sauce pour écrire des romans plutôt que des nouvelles.

Conan le Barbare de Robert E. Howard est le grand poncif de ces sous-genres, poursuivi par les auteurs Lin Carter et L. Sprague de Camp. Il convient également de citer Michel Moorcock, auteur d’Elric le Nécromancien et Fritz Leiber, auteur du difficilement classable Fafhrd et le Souricier gris.

Et, parce qu’il faut bien aussi des créateurs d’héroïnes pour compenser tant de testostérone, mentionnons les auteurs Catherine Lucille Moore, qui remporta le World Fantasy Award en 1981 et Charles Saunders.

  • Fantasy épique

Pour faire de la Fantasy épique, suivez plus ou moins en vrac les étapes suivantes :

  • Faites de l’action une épopée sans verser pour autant dans l’Heroic Fantasy. Pour ce faire, choisissez un point de départ modeste à partir duquel tirer le fil d’un long voyage
  • Vérifiez que l’action centrale est bien une quête dont dépend l’avenir du monde
  • Centrez l’action sur un groupe de héros
  • Par goût de la contradiction, faites de votre personnage principal un antihéros entouré de compagnons qui révèlent ses capacités exceptionnelles
  • Quoique guidés par un antihéros, assurez-vous que le groupe des héros incarne le Bien et affronte le Mal
  • Faites vivre une histoire d’amour à vos héros
  • Bazardez le tout dans un monde imaginaire peuplé de créatures fantastiques
  • En point bonus, envisagez de doter votre monde de Fantasy épique d’une opposition bienvenue entre ville et nature
  • Étalez le tout sur plusieurs tomes

Bien qu’elle s’inscrive dans la lignée de Tolkien, la Fantasy épique tend à être accusée de répétitivité, de manque d’originalité et de manque de créativité. Un effet dû à une lassitude du public pour ce sous-genre déjà ancien ?

Parmi les auteurs et sagas remarquables dans ce domaine, on peut citer : Terry Goodkind, auteur de l’Épée de vérité (17 tomes) ; Raymond Elias Feist et la saga de Krondor ; Guy Gavriel Kay et La Tapisserie de Fionavar ; Ursula K. Le Guin et le Cycle de Terremer ; Henri Loevenbruck et la trilogie de La Moïra ou encore Brandon Sanderson et le Cycle des Fils des Brumes.

Hors littérature, il convient d’y ajouter les jeux vidéos Zelda et les incontournables films de Jim Henson : Dark Crystal (ci-dessus) et Labyrinthe
  • Fantasy dynastique

Pour faire de la Fantasy dynastique :

  • Créez une multitude de personnages
  • Assurez-vous que vos protagonistes soient des hommes et des femmes de type humain. Attention au dosage des peuples imaginaires qui doivent, en général, rester secondaires
  • Vérifiez que vos protagonistes sont bien de sang royal
  • Faites-les évoluer dans un univers de violence de cour
  • Créez un monde cohérent (de préférence calqué sur le Moyen-Age occidental, mais l’assaisonnement peut être rectifié selon vos goûts)
  • Présentez le tout sous l’angle froid d’un réalisme cru
  • Ajouter des touches discrètes de Fantasy et de merveilleux
  • Saupoudrez le tout d’une généreuse louche de sexualité

Ce sous-genre regroupe des œuvres et des auteurs aussi divers que le Trône de Fer de G. R. R. Martin, les cycles L’Assassin Royal, Les Aventuriers de la Mer et La Cité des anciens de Robin Hobb, la trilogie L’Arcane des épées de Tad Williams, le Cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny ou Dune de Frank Herbert.

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Saga Game of Thrones, couvertures anglaises
  • Fantasy arthurienne

Pour faire de la Fantasy arthurienne, assurez-vous d’avoir la plupart des ingrédients suivants :

  • Au moins un personnage ou artefact doit être issu de la légende arthurienne
  • La légende d’Arthur doit bénéficier d’un traitement inédit (il s’agit de créer un plat et non de réchauffer une pasta box)
  • Une opposition plus ou moins conflictuelle entre la magie des temps anciens et la venue d’un monde nouveau
  • Le poids du destin pèse sur les personnages (mais pas trop sur l’estomac des lecteurs)
  • Une certaine part de romance doit être perceptible

 

Parmi les plus connus, on retrouve Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley, La Saga du Roi Arthur et la trilogie La Quête du Graal de Bernard Cornwell, le Cycle de Pendragon de Stephen Lawhead. Et, sur une note plus littérature jeunesse, on trouve l’Épée dans la pierre de T. H. White, Graal de Christian de Montellaou Le Roi Arthur de Michael Morpurgo…

Hors littérature, la Fantasy arthurienne se prête parfaitement à l’humour grinçant

Cœurs historiques de la Fantasy, ces sous-genres de la Fantasy médiévale donnent aujourd’hui naissance à de grands succès, comme peuvent témoigner les séries Game of Thrones et The Witcher. Et ce, nonobstant les accusations de répétitivité et manque de créativité ou les débats autour de vieux classiques, géniaux ou kitsch selon l’interlocuteur, comme le Conan le Barbare de John Millius.

Clairement codifiés — au point même d’avoir pu offrir autrefois une définition satisfaisante de la Fantasy — ces sous-genres historiques ont peu à peu été concurrencés par des disrupteurs allant chercher leur inspiration ailleurs que dans le Moyen Âge.

« Attention, ça va barbarder ! » Le Fossoyeur de Films, épisode 10 – Conan le Barbare

La Fantasy moderne à travers ses sous-genres : disrupteurs et diversifications

Moins proches les uns des autres que les sous-genres historiques, plusieurs sous-genres ont apporté un vent de renouvellement et de diversité sur la Fantasy. Un peu plus touche-à-tout et un peu plus rattachés à la light Fantasy, ils autorisent une multiplicité d’univers, de personnages et d’intrigues bien moins strictement codifiés, en tout cas en apparence.

  • La Fantasy urbaine

Très polyvalente, la Fantasy urbaine a l’avantage de caractériser une ambiance globale et d’être un des rares types de Fantasy permettant de réaliser un commentaire social explicite. Elle se différencie le plus souvent par un décor de ville contemporaine où se manifeste d’une manière ou d’une autre la magie.

En tant que forme mixte hybridée entre Fantastique, horreur et Fantasy, la Fantasy urbaine aurait tout à fait sa place dans la troisième partie de cet article.
Toutefois, capable de prendre de multiples formes, ce sous-genre a pris une ampleur telle qu’il donne souvent l’impression d’être le sous-genre de Fantasy le plus connu. Son rayonnement sur les autres sous-genres de la Fantasy justifie également de lui donner une place de choix en tant que disrupteur/recombineur/recréateur.

La souplesse de la Fantasy urbaine n’empêche néanmoins pas de garder en tête quelques règles de cuisine élémentaires. Idéalement, envisagez de doter votre histoire :

  • D’une action située à notre époque ou dans une époque récente
  • D’une action située dans une grande ville réelle ou imaginaire
  • D’une critique sociale et politique de sociétés consuméristes et inhumaines
  • D’un surnaturel souvent effrayant et d’une magie aux frontières de l’horreur

On retrouve dans ce sous-genre de la Fantasy, des auteurs tels que Robin Hobb avec Le dernier magicien ou Neil Gaiman avec Neverwhere.

Anthologie de Lin Carter chez DAW Boooks - Couverture du N° 370
Neverwhere de Neil Gaiman - Couverture de l'édition J'ai Lu
  • La Fantasy humoristique

Atteindre l’équilibre délicat de la Fantasy humoristique implique de doser avec justesse les ingrédients suivants :

  • De l’humour à des degrés divers et une volonté de jouer avec les poncifs du genre pouvant aller jusqu’à la parodie
  • Un moindre niveau de violence, de noirceur ou de désespoir dans les intrigues
  • Une proximité avec le conte philosophique ou la satire sociale

Très libre dans sa forme et son fond, la Fantasy humoristique, qualifiée de light Fantasy en anglais, n’est pas la quête de l’humour sans but.
Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett peuvent en témoigner. Car si cet auteur « pratique l’humour avec jubilation et le comique avec virtuosité » en plus de « [jouer] sur toutes les gammes du non-sens à l’humour noir, en passant par l’autodérision, la satire, la parodie, la référence culturelle et son détournement », ce n’est que pour mieux manier la critique sociale et jeter un regard acerbe sur notre propre modernité.

Piers Anthony avec le Cycle de Xanth fait preuve d’un comique de situation issu de pouvoirs magiques ou non tout au long d’une quête de nature joyeuse et aux péripéties burlesques.

Cohen le Barbare et Konnar le Barbant sont deux excellentes parodies de Conan le Barbare

  • La Fantasy jeunesse

La Fantasy jeunesse nécessite des ingrédients simples (mais pas simplistes) :

  • L’intrigue repose sur de jeunes héros
  • Le niveau de violence est faible
  • La magie est utilisée pour réparer un monde détraqué

Certains des grands noms de ce sous-genre sont Roald Dahl, Philip Pullman avec À la croisée des Mondes, Michael Ende avec l’Histoire sans fin et le phénomène Harry Potter de J. K. Rowling (plus de 500 millions de livres vendus et une traduction en 80 langues).

Comme avec le Seigneur des Anneaux, il y a une ère avant et après Harry Potter dans les années 2000. Des auteurs tels que Jonathan Stroud avec la Trilogie de Bartiméus, Eoin Colfer avec son jeune et génial héros Artemis Fowl ou encore Sophie Audouin-Mamikonian avec son héroïne Tara Duncan s’y illustrent.
Sans oublier, les notes un peu plus épiques du Percy Jackson de Rick Riordan, de la Quête d’Ewilan de Pierre Bottero ou du Livre des étoiles d’Erik L’Homme.

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Harry Potter à l'École des sorciers, 1er tome d'un long voyage captivant
  • La Fantasy animalière

Attention, ce sous-genre ne doit pas être confondu avec un grand nombre de récits incluant des animaux, à savoir :

  • Les contes traditionnels comme ceux de Perrault
  • Les livres pour tout-petits comme ceux de Béatrix Potter
  • Les Fables animalières comme celles de Jean de La Fontaine
  • Les œuvres centrées sur relation entre hommes et un ou plusieurs animaux, comme les films Babe et Dr Dolittle)
  • Les œuvres avec des animaux qui parlent aux côtés d’êtres humains
  • Les œuvres de fiction basées sur le comportement réel d’animaux comme Les Fourmis de Weber

Et, pour faire de la Fantasy animalière, pensez bien à intégrer :

  • Une absence d’êtres humains dans le récit, ou une présence étrangère et secondaire
  • Une interaction entre plusieurs races d’animaux qui se comprennent entre elles et ont une forme d’organisation sociale
  • Une Fantasy le plus souvent destinée aux enfants

Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame et Winnie l’ourson d’Alan Alexander Milne en sont des représentants indéniables.

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La Fantasy animalière avec Winnie l'ourson d'Alan Alexander Milne
  • La Fantasy orientale

Bien que diverse car puisant ses inspirations dans diverses cultures, la liste des ingrédients de base de la Fantasy orientale est assez simple :

  • Une action située dans un pays oriental (Chine, Japon, Inde, influence arabo-persane)
  • Une action située le plus souvent au Moyen Âge, avec valeureux guerriers, rois cruels (sinon, vous risquez de basculer dans le fantastique)
  • De la magie ou des créatures surnaturelles au cœur du récit (sinon, le risque est simplement de produire de la fiction de cape et d’épée ou de peindre une fresque historique)

Il est facile de citer pêlemêle les studios Ghibli et Hayao Miyazaki ou la pentalogie Le Clan des Otori de Lian Hearn, Gwendolyn Willow Wilson qui a remporté le prix World Fantasy en 2013, Charles Saunders et son héros africain Imaro ou encore la forte influence des films chinois wuxia (une sorte de sword and sorcery chinoise où les arts martiaux jouent un rôle important) et du Mahabharata…

CHALLENGE PARTICIPATION

Mais l’incroyable diversité d’œuvres et d’influences de ce sous-genre mérite largement d’être explorée à travers les yeux de ceux qui le connaissent ! lepangolin.com recherche des contributeurs pour parler de ces œuvres !

  • La Fantasy mythique

Mélangez indistinctement les éléments suivants pour produire une Fantasy mythique dans les règles de l’art :

  • Au cœur du récit, insérez une présence de dieux, artefacts ou personnages mythologiques/légendaires/folkloriques
  • Ajoutez un affrontement entre les dieux de nature à provoquer le chaos
  • Balancez par-dessus un héros humain mis en rapport avec les desseins obscurs des dieux

On trouve essentiellement deux types œuvres dans le sous-genre de la Fantasy mythique : celles qui réinterprètent des mythes de l’antiquité sans en modifier fondamentalement la trame et celles qui font intervenir dieux et personnages de légende dans un récit entièrement nouveau.

American Gods de Neil Gaiman la Forêt des Mythagos de Robert Holdstock en sont deux exemples notables.

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American Gods de Neil Gaiman
  • Faërie

Ce sous-genre regroupe les récits autour des fées et du petit peuple (gnomes, lutins, nymphes, sylves). Proche des contes et des créatures magiques qui les habitent, il s’est développé sous l’impulsion notable des autrices et éditrices Terri Windling et Léa Silhol.

Ainsi, même si leurs frontières peuvent être floues et que de nombreuses œuvres peuvent correspondre simultanément à plusieurs sous-genres de Fantasy, les sous-genres que nous venons de voir parviennent à se distinguer les uns des autres par un cœur et des marqueurs clairs.
Mais qu’en est-il pour les sous-genres hybridés avec d’autres genres, un peu à l’image de cette Fantasy urbaine qui se décline à toutes les sauces ?

La Fantasy moderne à travers ses sous-genres : les hybrides

Ces sous-genres hybrides, à l’inverse des sous-genres historiques vus plus haut, se font un malin plaisir de renverser les barrières entre sous-genres et de briser les codes dominants de la Fantasy, notamment si elle est épique époque post-tolkienienne.
Entre SF, Fantastique, horreur, policier, ces sous-genres explorent chacun une créativité qui leur est propre.

  • La Fantasy historique

Ancrée dans des ères et des aires historiques codifiant une grande partie de ses intrigues, la Fantasy historique réalise le mélange entre roman historique et Fantasy. Au format classique, elle nécessite :

  • De choisir une période historique et un espace géographique réels où existent des éléments merveilleux qui influencent le cours de l’histoire et de l’Histoire
  • Des héros qui côtoient des figures historiques de premier plan, quand ils ne le sont pas eux-mêmes
  • La période historique et l’espace géographique peuvent être réalistes, mais réinventés
  • L’action repose sur la magie et le surnaturel (sinon, on se retrouve avec un roman historique)
  • Pour basculer dans la Fantasy de mœurs, pensez à doter le tout d’un attachement à la forme et au fond du récit plutôt qu’aux rebondissements de l’intrigue (langue, décors, sentiments doivent bénéficier d’une description poussée à l’extrême)

On trouve dans ce sous-genre Les lions d’Al-Rassan de Guy Gavriel Kay ou les Enchantements d’Ambremer de Pierre Pevel. Mais la Fantasy historique se décline également en deux sous-genres clairement identifiés.

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Les Enchantements d'Ambremer de Pierre Pevel aux éditions Bragelonne
  • Les variantes de la Fantasy historique

Le premier, la Flintlock Fantasy implique d’ajouter aux ingrédients initiaux de la Fantasy historique :

  • La possibilité de recourir à des armes à feu (sans pour autant négliger les armes blanches)
  • L’usage d’une technologie réelle des XVII et XIX siècles (à l’inverse du Steampunk où la technologie souvent imaginaire)
  • Des enjeux politiques et militaires correspondant aux conflits et révolutions de l’époque
  • Une intrigue située dans des mondes imaginaires ou notre monde réel

Ce sous-genre est très représenté outre-Atlantique, notamment parce qu’il permet de mettre de la Fantasy dans la Conquête de l’Ouest. Même si ce n’est pas aux États-Unis que se situe la saga Téméraire de Naomi Novik, qui en est le digne représentant.


Le second, l’Uchronie de Fantasy se distingue de façon encore plus poussée de la Fantasy historique par
 :

  • Une action dans le monde réel, mais dont l’Histoire a été modifiée
  • La présence de magie et de créatures surnaturelles

Un sous-genre où l’on retrouve par exemple Les Chroniques d’Alvin le Faiseur d’Orson Scott Card et les Enchantements d’Ambremer de Pierre Pevel (oui, encore).

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Tome 1 de la saga Téméraire de Naomi Novik (pour les amoureux de Napoléon et des dragons)
  • Entre SF et Fantasy : la tête dans les étoiles

Étant donné la longue histoire d’amalgame entre Science-Fiction et Fantasy, il n’est peut-être pas si surprenant que de nombreux sous-genres de la Fantasy moderne aient malgré tout un pied dans la SF.

L’un des plus anciens est la Sword and planet ou planetary romance, dont la recette se compose :

  • D’un héros humain transporté sur une autre planète
  • D’une action violente à l’instar de la sword and sorcery et d’une certaine dose de romance ou d’érotisme

Le héros John Carter d’Edgard Rice Burrough en est un des premiers représentants, suivi par John Holbrook Vance avec le Cycle de Tschaï, Lin Carter ou Alex Raymond avec Flash Gordon.

Également la tête dans les étoiles, on trouve la Space fantasy, qui réunit :

  • Des voyages sidéraux et l’exploration de plusieurs planètes où le héros est confronté à des aliens
  • Une intrigue mêlant Fantasy et SF et qui se déroule hors de Terre et dans le futur
  • La présence de magie au côté de ou en opposition à la science
  • Un contexte médiéval plus ou moins prononcé qui côtoie une technologie futuriste

Star Wars de Georges Lucas en est certainement le représentant le plus célèbre, talonné de près par Dune de Frank Herbert.

À ne pas confondre avec la Science Fantasy, qui déploie les moyens de la Fantasy dans un contexte de SF et se compose :

  • D’un mélange de technologies futuristes et de surnaturel
  • D’une confrontation entre astronautes humains et monde extraterrestre aboutissant souvent à une civilisation médiévale
  • D’une action sur des centaines/milliers d’années décrivant l’histoire de ces colonies


On y trouve le Cycle de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, le Cycle de Pern d’Ann McCaffrey ou Le Cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny.

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Les Princes d'Ambre de Roger Zelany
  • Entre SF et Fantasy : variations temporelles

Si voyager dans l’espace est assurément dépaysant, il ne faudrait pas négliger le voyage dans le temps, avec en premier lieu la Fantasy post-apo qui réunit en vrac :

  • Une action sur Terre ou toute autre planète dévastée par une catastrophe
  • La présence d’espèces et de peuples surnaturels
  • La présence de magie à des degrés divers

Le Cycle de Shannara de Terry Brooks ou le Cycle de la Tour Sombre de Stephen King s’y rattachent.


Enfin, le Steampunk, en écho au sous-genre SF du Cyberpunk, est un beau mélange entre SF, Fantastique, Fantasy et policier
.

Ce sous-genre est une création de trois auteurs intéressés par la production d’une SF/Fantasy à l’époque victorienne marquée par les machines à vapeur, les lampes à pétrole et les débuts de l’électricité :

  • W Jeter auteur Morlock Night en 1979
  • James Blaylock auteur d’Homonculus en 1985
  • Tim Powers auteur des Voies d’Anubis en 1983

Côté jeunesse, À la croisée des mondes de Philip Pullman peut s’y rattacher.
Ce sous-genre est, par ailleurs, réputé être très apprécié des écrivains français et l’on y trouve également Johan Heliot avec la Trilogie de la Lune, Michel Pagel avec l’Équilibre des paradoxes ou Raphael Albert avec le Cycle les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé

Attention, la Gaslamp Fantasy est un faux-ami et est en réalité un sous-genre fantastique qui mêle enquêtes policières, horreur et personnages classiques (Sherlock, Dracula…).

  • Entre fantastique et Fantasy : Dark Fantasy

Nous avons parlé de la très connue Fantasy urbaine un peu plus haut, mais d’autres genres se trouvent également à cette frontière entre fantastique, horreur et fantasy. Notamment la bien nommée Dark Fantasy.

Pour faire de la Dark Fantasy :

  • Prenez une généreuse louche de violence crue, parfois gore et pouvant être éprouvante
  • Ajoutez des héros sombres évoluant parfois dans des mondes gothiques
  • Recouvrez le tout de créatures surnaturelles maléfiques et de magie noire

Un sous-genre de Fantasy dans lequel se sont notamment illustrés Raymond E. Feist avec Féérie en 1988, Glen Cook avec les Annales de la Compagnie noire ou Neil Gaiman avec Coraline.

Les voies d'Anubis de Tim Powers
Coraline de Neil Gaiman (parce que cette couverture fait quand même moins peur que d'autres ou que les images du film)

Ce qu'il faut retenir

Lister les sous-genres de la Fantasy est un bon moyen incomplet de définir ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Mais comment les organiser pour créer une cartographie de la Fantasy qui fasse sens ?

Selon l’angle d’attaque choisi, il est possible de repérer dans cette floppée de sous-genre :

  • Des poids lourds historiques avec l’Heroic fantasy, la Sword and Sorcery et la Fantasy épique, assorties de la Fantasy dynastique et de la Fantasy arthurienne

  • Des disrupteurs souvent « Light » désireux de prendre la relève, diversifier (encore plus) la Fantasy et de brouiller les codes avec La Fantasy urbaine, la Fantasy humoristique, la Fantasy jeunesse, la Fantasy animalière, les Fantasy orientales, la Fantasy mythique et la Faërie

  • Des hybrides puisant leurs sources à d’autres genres avec la Fantasy historique, la Flintlock Fantasy et l’uchronie de Fantasy entre roman historique et Fantasy ; la Sword and planet, Space fantasy, Science fantasy Fantasy post-apo et Steampunk entre SF et Fantasy ou la Dark Fantasy entre fantastique et Fantasy

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