Rubrique Conseils de lecture de lepangolin.com

Qu’est-ce que la fantasy ? – Comment définir la fantasy ?

Autant que la Science-Fiction, la Fantasy a aujourd’hui conquis tous les supports de la culture populaire : romans, nouvelles, BD, petit et grand écran, jeux de rôles/de société/vidéo… Mais comment en est-elle arrivée là ?

La Fantasy a le vent en poupe ! Les récents succès auprès du grand public des séries TV Game of Thrones ou The Witcher peuvent en témoigner ; de même que l’appétence toujours renouvelée pour la littérature de fantasy jeunesse depuis la réussite internationale du Harry Potter de J. K. Rowling. Mais qu’est-ce qui explique ce succès et cette faculté à séduire petits et grands ? Qu’est-ce donc, en somme, que la Fantasy et comment diable la définir ?

En dépit d’une émergence récente au cours du 19e siècle et à l’instar de la Science-Fiction — à la suite de laquelle elle a surgi pour rapidement lui faire concurrence —, il n’est pas si facile de cerner la Fantasy.

Comment définir la Fantasy ?

Spoiler alert : caractériser la Fantasy n’est pas chose aisée.

  • Inclure ou exclure ?

Cette complexité est principalement due à l’étendue de son royaume littéraire et de ses propriétés, parfois indécises, entre Science-Fiction et Fantastique. Plusieurs approches méthodiques sont par conséquent possibles :

  • déterminer ce qu’elle n’est pas par exclusion, on parle alors de définition restreinte
  • lister ce qu’elle inclut, on parle ici de définition ouverte

Par exemple, Le Larousse, accepte communément et de façon relativement restreinte que la Fantasy c’est :

Un genre littéraire qui mêle, dans une atmosphère d’épopée, les mythes, les légendes et les thèmes du fantastique et du merveilleux.

Tandis que Jean-Louis Fetjaine, dans La Fantasy pour les Nuls, s’efforce de synthétiser l’ensemble de ses caractéristiques et estime plus ouvertement qu’il s’agit d’une :

Littérature dont l’action se déroule au moins en partie dans des lieux imaginaires (qu’il s’agisse d’un monde entier ou d’un simple terrier dans un jardin), impliquant de la magie et des créatures surnaturelles.

Toutefois, si vous pensiez avoir ainsi cerné la Fantasy par le biais de son clair attachement aux mondes de l’imaginaire, attendez-vous à être surpris !

  • Une simplicité apparente

En effet, il convient avec ce genre de prendre des pincettes liées à son histoire aventureuse :

  • d’une part, la Fantasy ne recouvre pas exactement les mêmes domaines en France et dans le monde anglo-saxon, où elle absorbe allègrement le Fantastique ;
  • d’autre part, elle a subi une évolution majeure depuis les ouvrages de Tolkien, si bien que l’on peut parler d’un avant et d’un après Tolkien.

Ainsi, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, il était possible de dire que :

  • lorsque le récit se passe dans le passé (monde médiévalisant), il s’agit de Fantasy ;
  • quand le récit prend place dans le présent, il s’agit de Fantastique (irruption dans notre monde réel d’une étrangeté);
  • si le récit se situe dans le futur, il s’agit de Science-Fiction (l’anticipation a durablement dominé ce genre littéraire).

Mais tout est devenu bien plus complexe.

  • La complexité des mondes de l’imaginaire frappe à nouveau

Comme le souligne l’auteur de La Fantasy pour les Nuls, comment diable classer American Gods de Neil Gaiman ?
Cet ouvrage a, en effet, réussi le tour de force de décrocher les prix du Meilleur roman de S-F en 2002 (prix Hugo et Nebula), du Meilleur roman de Fantasy (prix Locus) et du Meilleur roman de Fantastique (Bram Stoker Award) ! De quoi faire s’arracher les cheveux aux plus acharnés des analystes littéraires.

En somme, la Fantasy, au même titre que la Science-Fiction, s’annonce comme un joyeux pot-pourri !
Et, de fait, marquée par ses racines généalogiques ancrées dans les mythologies et les contes populaires, la Fantasy contemporaine s’est développée à partir d’un amalgame de traditions dans lesquelles elle pioche et transforme à chaque nouvelle histoire toute sa diversité.

Afin de mieux appréhender cette diversité, il est peut-être plus facile de lister ce qu’inclut aujourd’hui la Fantasy plutôt que de procéder par exclusion. Laquelle ne fait d’ailleurs pas vraiment partie de ses fondements hautement inclusifs car tissés de nombreuses influences.

Qu’y a-t-il dans la Fantasy ?

Comme pour un gâteau au yaourt, la recette de la Fantasy se constitue toujours de certains composants de base, qui permettent de l’identifier en tant que genre.

  • Une notion d’originalité

Pour Jacques Goimard (Critique du merveilleux et de la fantasy, Pocket, 2003), le mot Fantasy désigne  notamment dl’imagination créatrice ou « fantasie » ou « faculté de créer librement, sans contrainte ». Une vision cohérente avec l’approche anglo-saxonne, qui agglomère dans la Fantasy à la fois le merveilleux et le fantastique.

  • Un ancrage dans les mondes de l’imaginaire

(Ce qui n’empêche pas d’être réaliste dans la création d’un univers imaginaire !)

Une chose est sûre, comme la S-F, la Fantasy appartient aux mondes de l’imaginaire en opposition aux littératures du réel ou réalistes. Elle implique, en effet, la présence d’un élément d’irrationnel.

[La Fantasy] c’est bien sûr un large territoire, mais il est, d’autre part, assez facile à définir. La fantasy est formée de fictions qui ont relation au fantastique, qui dépassent le cadre de l’expérience humaine ordinaire.

Michael Moorcock, Exploring Fantasy Worlds, (Borgo Press, 1985)

La fantasy est un genre littéraire composé d’œuvres dans lesquelles des phénomènes surnaturels, irrationnels jouent un rôle significatif. Dans ces œuvres, des événements arrivent, des lieux ou des créatures existent qui ne peuvent arriver ou exister selon nos standards rationnels ou nos connaissances scientifiques.

Marshall B. Thymm, Robert H. Boyer, Kenneth J. Zahorski, Fantasy Literature (R. R. Bowker, 1979)
  • Effroi et émerveillement

À la différence de l’horreur, la Fantasy génère un « awe & wonder » (effroi/fascination et émerveillement) (Tolkien) qui n’est pas que de la peur, de l’épouvante ou de la terreur. D’ailleurs, l’émergence de la dark fantasy lorsque l’horreur est devenue moins vendeuse, ne peut qu’appuyer ce point.

Si la S-F s’adresse à l’intellect, la fantasy joue sur une gamme d’émotions bien plus étendue que celles suscitées par le fantastique ou l’horreur.

Jacques Baudou, Que sais-je ? La Fantasy (PUF, 2005)
  • De la magie

La magie comme définie par Le Petit Robert est « l’art de produire, par des procédés occultes, des phénomènes inexplicables ou qui semblent tels. »

On a souvent comparé la S-F et la fantasy en remarquant que le rôle joué par la magie dans la fantasy est équivalent à celui joué par la science dans la S-F.

Jacques Baudou, Que sais-je ? La Fantasy (PUF, 2005)

[La fantasy est une] littérature qui se trouve dotée d’une dimension mythique et qui incorpore dans son récit un élément d’irrationnel au traitement non purement horrifique, notamment incarné par l’utilisation de la magie.

André-François Ruaud, Panorama Illustré de la fantasy et du merveilleux (Les Moutons électriques, 2004)
  • Des mondes secondaires

Plusieurs cas sont ici à distinguer. Il peut ainsi :
  • soit y avoir une articulation du monde secondaire avec notre monde. Sous forme de portes qui permettent un passage ou parce que le monde secondaire est un lieu particulier du monde primaire. Exemple type : le monde de Narnia accessible depuis une armoire

  • soit  aucune communication entre les deux mondes. Exemple type : la Terre du Milieu dans Le Seigneur des Anneaux

  • soit une absence de monde secondaire, qui reste à démêler finement (ou pas, selon les analystes) avec le cas des mondes secondaires comme lieux particuliers du monde primaire. Exemple type : la Fantasy urbaine, comme le monde de Neverwhere de Neil Gaiman

La création de ces mondes secondaires a pour fonction d’examiner les valeurs de notre monde primaire.

Marshall B. Thymm, Robert H. Boyer, Kenneth J. Zahorski

Et voilà pour la recette de base de la Fantasy, qui peut se décliner en une multitude de recettes apparentées, agrémentées selon les goûts de chacun.
Ce genre d’apparence simple donne ainsi l’illusion de pouvoir être cerné relativement aisément. Mais, il révèle toute sa complexité cachée, lorsque l’on réalise qu’énumérer des exemples d’œuvres de Fantasy (littéraires, cinématographiques, vidéoludiques…) n’en fait pas une définition acceptable.

Et encore plus lorsque l’on cherche à appréhender la myriade de sous-genres qui confèrent à la Fantasy de faux airs de pieuvre cauchemardesque dotée d’un nombre indécent de tentacules.

La Fantasy, un genre à ramifications

Une fois encore — et heureusement pour nous — la Fantasy ne progresse pas sans une certaine méthodologie dans sa diversité tentaculaire. Ainsi, à partir de ses ingrédients de base, il est possible d’identifier deux grands types de Fantasy capables de regrouper les autres sous-genres.

  • La Low Fantasy ou « Fantasy basse »

Cette dernière se caractérise par des intrigues ancrées dans notre monde rationnel et physiquement familier. Les événements surnaturels s’y produisent de façon brusque, sans causalité, sans explication. Ce sous-genre englobe par conséquent le fantastique et une partie du roman d’horreur.
Exemple type : Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde. 

Horreur
Relèvent de ce genre des fictions réalistes ou d’apparence réaliste dans lesquelles le surnaturel, l’irrationnel ou le monstrueux font irruption.

  • La High Fantasy ou « Fantasy haute »

Elle est marquée par des intrigues qui ont pour cadre un monde différent du nôtre ou un monde secondaire possédant ses propres lois naturelles différent du nôtre.
Exemple type : Le Seigneur des Anneaux, J. R. R. Tolkien ou Terremer, Ursula K. Le Guin

L’existence de la High Fantasy a par ailleurs deux conséquences majeures.
Tout d’abord, une annexion par la Fantasy du réalisme magique. Une spécificité qui trahit en réalité la présence dans la littérature générale (ou mainstream) d’un courant exploitant les ressources de l’imaginaire.

La fantasy couvre un large champ de la littérature classique et contemporaine, celle qui contient des éléments magiques, fabuleux ou surréalistes, depuis les romans situés dans les mondes imaginaires, avec leurs racines dans les contes populaires et la mythologie, jusqu’aux histoires contemporaines de réalisme magique où les éléments de fantasy sont utilisés comme des moyens métaphoriques afin d’éclairer le monde que nous connaissons.

Terri Windling, préface à The Year’s Best Fantasy and Horror (St Martin Press, Vol.1, 1987)

Ensuite, l’existence de deux types de High Fantasy :

  • la myth fantasy ou fantasy mythologique, qui exploite une causalité naturelle (pouvoirs divins), avec ses racines dans les mythologies
  • la fairy-tale fantasy également appelée merveilleux, qui accorde à certains hommes ou créatures le don de magie, avec ses sources dans les contes populaires


Entre caractéristiques intrinsèques et influences historiques, il ne semble par conséquent pas si facile de réconcilier toutes les composantes de la Fantasy pour la définir.
Mais, il ne faut pas oublier que cette diversité vertigineuse s’alimente en réalité aux mêmes sources de l’imaginaire qui constituent une sorte de bloc-cœur de la Fantasy.

À présent que la définition de la Fantasy est relativement cernée, il convient d’observer le long cheminement à travers les âges qui a mené à la Fantasy contemporaine depuis les récits mythologiques et les contes de fées.
Car la Fantasy, au-delà d’un genre littéraire difficile à définir, c’est surtout un recueil sans cesse renouvelé de sous-genres qui communiquent entre eux et sont marqués par leurs auteurs, au moins autant qu’ils les marquent.

À propos des sources

Que sais-je ? La Fantasy, Jacques Baudou, PUF, 2005
Cet ouvrage court et fluide à lire propose un aperçu de l’histoire et du champ d’action de la Fantasy. Son approche est globalement chronologique, mais peut-être matinée d’intéressants angles d’attaque éditoriaux et géographiques. En raison de son format concis et thématique, seuls les auteurs jugés les plus emblématiques sont détaillés.

— La Fantasy pour les Nuls, Jean-Louis Fetjaine, Éditions First, 2018
Ce format est idéal pour tous ceux qui sont à la recherche de classiques à explorer et qui souhaitent savoir où ils mettent les pieds avant de se lancer dans une saga de 3 à 95 bouquins (selon les auteurs). Il plaira également à ceux qui veulent prendre le temps de se plonger dans les trésors, histoires et arcanes (peu ou méconnues) des maîtres du genre.

Ce qu'il faut retenir

La Fantasy, c’est à la fois :

  • Une notion d’originalité
  • Un ancrage dans les mondes de l’imaginaire
  • De l’effroi et de l’émerveillement
  • De la magie
  • Des mondes secondaires (qu’ils soient articulés au nôtre, sans communication ou inexistants)


On distingue également deux grands types de Fantasy :

  • La Low Fantasy, ancrée dans notre monde rationnel
  • La High Fantasy, qui prend place dans un monde différent du nôtre.
    Elle se divise en myth fantasy et fairy-tale fantasy qui ont des origines différentes : mythologies et contes de fées.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.